jeudi 14 février 2008

Sur la légitimité des AG étudiantes

Une idée est revenue avec insistance dans les prises de position autour du mouvement étudiant de novembre 2007 à l’UTM et dans d’autres universités : celle de la légitimité des AG organisées par les comités de lutte et des décisions qu’elles prennent. Les étudiants favorables au mouvement sont bien entendu attachés à cette qualification et, conscients aussi du caractère très minoritaire de la participation aux AG (qui dans les meilleurs des cas réunissent moins d’1/10ème des inscrits à l’Université), ils répondent que cette faible représentativité est de la responsabilité des « abstentionnistes ». En ne participant pas, ils sont les seuls responsables, par défaut, des manquements à la démocratie qu’ils dénoncent parfois eux-mêmes en invoquant le caractère très minoritaire des majorités qui se dégagent en assemblée. D’où l’argument standard du comité de lutte : « Si vous n’êtes pas satisfaits des décisions qui se prennent, venez faire entendre votre voix et peser par votre vote sur les décisions qui seront prises. Car ces assemblées sont ouvertes à tous et nous respectons strictement la loi de la majorité dans les votes que nous organisons. » A ce dernier argument, on répond généralement en invoquant le caractère peu démocratique des débats, le coût pour les opposants d’une prise de parole publique etc. Mais cela n’invalide en rien le principe de la légitimité des AG et des décisions qu’elles prennent.
De leur côté, les organisations syndicales et même la direction de l’université cautionnent, explicitement ou implicitement, les comités de lutte en les reconnaissant comme des interlocuteurs à part entière. Elles ne contestent pas le principe la légitimité des décisions prises en AG, sinon avec les arguments que l’on vient de mentionner. Elles ne contestent pas non plus la légitimité de la formule « comité de luttes » en tant qu’expression d’un mouvement collectif : attitude, on va le voir, tout à fait juste. Mais elles semblent aussi admettre, ou reconnaissent explicitement, la légitimité des AG à représenter l’ensemble des étudiants, tout en déplorant parfois qu’elles ne soient pas représentatives (toujours cette responsabilité des abstentionnistes qui n’ont à s’en prendre qu’à eux-mêmes s’ils ne sont pas contents !).
Or tout cela ne touche pas à l’essentiel. Qu’appelle-t-on ici « légitimité » ? A quelles conditions une réalité (institution, décision) peut-elle être qualifié en ces termes ? C’est sur ces questions que le flou est total, et que les débats tels qu’ils sont posés d’ordinaire sont sans issue.

Le droit d’association, la liberté d’exprimer ses opinions politiques ou syndicales publiquement sont à l’origine de collectifs de lutte dont l’existence est admise par la législation de tout pays démocratique. En ce sens, la constitution d’un Comité de luttes étudiant est parfaitement légale (en France) et également légitime si l’on prend pour étalon, par exemple, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. On notera cependant qu’un groupement de ce type a un statut distinct de celui de la plupart des collectifs militants dans la mesure où il n’a pas de consistance institutionnelle : il n’obéit à aucune règle administrative susceptible de lui donner une personnalité juridique (à la différence, par exemple, d’une association selon la loi de 1901 qui doit déclarer à la Préfecture un statut et un bureau), il ne comporte pas un liste explicite d’affiliés. Cela ne l’empêche pas de se doter de façon autonome de règles de fonctionnement, de désigner des porte-parole, de prendre des décisions, d’appeler à des actions militantes etc. Du point de vue de son activité, il a donc beaucoup de ressemblances avec la section locale d’un parti politique ou d’un syndicat.

Dans la mesure où il est autonome et indépendant de tout cadre institutionnel plus large, un mouvement de ce type a toute latitude pour décider du mode de prise de décisions qu’il jugera convenable – le plus souvent le vote majoritaire en AG. On peut donc sans abus de langage affirmer qu’il est souverain, ou qu’il affirme la souveraineté de l’instance à laquelle il reconnaît le droit de prendre des décisions en rapport avec ses finalités. En l’occurrence : des objectifs de lutte et des moyens d’action. Une université ou n’importe quel autre espace social (une ville, un quartier, une entreprise) peuvent ainsi voir se développer un nombre indéfini de collectifs qui s’engagent dans des actions relatives à des problèmes communs : défense de l’environnement, amélioration de l’habitat, mobilisation contre un projet de loi etc. Mais cela ne donne en aucun cas à un collectif de ce genre le droit de se présenter comme la voix exclusive du groupe social qui lui a donné naissance : par exemple, une ville possède en général plusieurs sections locales de partis politiques, et chacune d’entre elles parle en son nom propre, et non à celui de l’ensemble de la population.
C’est sur ce point que les mouvements étudiants se distinguent des collectifs, formels ou informels, qui viennent d’être évoqués : ils prétendent en effet être le comité de lutte de l’Université et revendiquent, en fait ou en droit, de pouvoir parler et prendre des décisions en tant qu’émanation de la collectivité étudiante dans son entier. C’est précisément cette prétention qui les autorise à se reconnaître légitimes, ou encore à prétendre légitimes les décisions prises à la majorité dans les AG.
En fait, cette prétention est exorbitante. Il suffit pour s’en convaincre d’imaginer qu’une université donne naissance non pas à un, mais à deux comités de lutte. Lequel pourra prétendre être la voix de tous les étudiants ? Lequel pourra être dit légitime ? La réponse est simple : aucun des deux. Cela est aussi vrai lorsqu’il n’en existe qu’un seul. On se convainc d’une autre manière de la vacuité d’une telle prétention lorsqu’un mouvement ne réunit que quelques dizaines d’étudiants sur les quelque 20 000 que compte l’Université : très clairement, dans ce cas, il ne représente que lui-même. Et cela, les membres des mouvements le savent très bien. Mais en quoi le nombre change-t-il quelque chose ? Ma réponse est que, 1) d’un point de vue logique, il ne change rien ; 2) que la pratique des comités conduit elle aussi à cette conclusion.
En effet, à supposer même qu’une AG ait réuni la majorité des inscrits d’une université, les décisions qu’elle peut prendre ne seront jamais que l’émanation de ce collectif, distinct par construction de l’entité institutionnellement qualifiable « ensemble des étudiants inscrits à l’Université » qui peut quant à elle, en revanche, devenir un acteur effectif à l’occasion par exemple d’un scrutin décidé par l’administration. Le nombre des étudiants mobilisés ne change donc rien au statut de l’entité à laquelle ils s’en remettent pour prendre des décisions collectives. De plus, les invitations aux AG n’ont de sens que par rapport aux membres du mouvement. Y participer signifie donc qu’on le rejoint et que l’on est prêt, en son sein, à débattre d’objectifs et de moyens d’action : cette adhésion de fait ne peut légitimement être demandée à quiconque. Mais ce point est occulté par le fait que les AG se prétendent celles « des étudiants » et non « du mouvement », et vont en même temps jusqu’à se féliciter de l’ampleur de la « mobilisation » en faveur du mouvement dans les cas où le nombre élevé des présents tient à la mobilisation de ceux qui s’opposent à lui ou à ses moyens d’action.
La conclusion est la même si l’on regarde la pratique : une AG évidemment minoritaire ne revendique pas moins la légitimité des décisions qu’elle prend au nom de tous. Le nombre des mobilisés est donc, dans les faits, indifférent. Imaginons cependant que, comme le prétendent ceux qui appellent les abstentionnistes à s’exprimer, une décision soit prise qui contredise l’orientation suivie jusque là – par exemple un vote majoritaire en faveur du déblocage de l’université. La logique même du fonctionnement des AG fait que cette décision peut être remise en cause le lendemain. Si le vote portait sur un déblocage définitif, peu importe : l’AG étant souveraine dans son choix des procédures de légitimation des décisions, elle pourra toujours arguer que, la veille, les conditions d’un vote libre n’étaient pas réunies. Ou bien un nouveau collectif autoproclamé pourra voter la reprise du blocage et œuvrer à le rendre effectif. L’invitation à la mobilisation des opposants abstentionnistes suppose donc, de fait qu’ils se consacrent à temps plein pendant une durée indéfinie au jeu des AG, ce qui est impossible à la plupart. Et cette impossibilité concernant aussi bien une large part des partisans du mouvement, on comprend que les AG soient toujours relativement peu fréquentées. Mais cela n’a aucune importance aux yeux du mouvement, pour les raisons que l’on a dites.

La question de la représentativité et de la légitimité d’une AG peut aussi être abordée sous un autre angle. En tant qu’instance décisionnelle d’un comité de luttes, elle a comme on l’a vu toute latitude pour décider des objectifs et des moyens de son action par rapport à ce qui motive son existence : en l’occurrence, s’opposer à une loi. Ses compétences s’arrêtent là. Elle n’a donc par principe aucune légitimité lorsqu’elle intervient dans d’autres domaines concernant le collectif dont elle émane, à savoir les étudiants inscrits. Elle ne peut non plus en aucune façon revendiquer le statut d’instance représentative apte à intervenir es qualité dans une négociation, sauf si elle admet au préalable qu’elle ne représente qu’elle-même. Tel est le cas du comité Liberta-Fac, qui serait aussi (peu) fondé à se réclamer d’une « légitimité » équivalente à celle revendiquée par les AG. En conséquence, les décisions d’une AG ne peuvent en aucune façon être légitimement imposées à l’institution chargée quant à elle, précisément, de prendre des décisions concernant la communauté tout entière. Il y a du reste un décalage total quant aux sphères d’intervention : le comité de lutte décide souverainement de ce qui touche à son action revendicative, l’université prend des décisions tout aussi souveraines en rapport avec ses finalités et ses moyens d’institution. Mais ces décisions sont prises dans un cadre légal. : une décision d’action quelconque ne peut prétendre à la légitimité, en contexte démocratique, si elle est illégale. Et cela est aussi valable pour les universités – qui respectent ce principe – que pour le mouvement étudiant, qui souvent ne le respecte pas.

Certains objectent encore aux arguments développés jusqu’ici que, minoritaires dans les faits, les AG sont au moins générales par destination : elles s’adressent à tout le monde et cela suffit à le doter d’une représentativité potentielle. Donc, encore une fois, seuls les abstentionnistes sont responsables, c’est de leur fait si les majorités restent minoritaires. Appeler à la participation de tous suffit à fonder la légitimité à la fois de l’instance qui convoque et des résultats des votes. Or cet argument est insoutenable. Imaginons un comité quelconque qui, dans une commune, appelle toute la population à une réunion. Le collectif ainsi réuni prendra, à la majorité s’il le souhaite, toutes les décisions qu’il voudra. Mais pourra-t-il prétendre légitimement parler au nom de tous pour cela seul qu’il a invité tout le monde ? L’absurdité est manifeste : n’importe quel collectif ayant appelé toute la population à s’exprimer pourrait aussi bien, en prétendant parler au nom de tous, contredire les décisions d’autres collectifs de même nature. Où serait alors l’expression légitime de la collectivité dans son entier ? Elle fonderait simultanément le pour et le contre, ce qui revient à ne rien exprimer du tout. En revanche, tout redevient clair si chaque groupe ne prétend représenter que lui-même.

D’où viennent alors les confusions ? Elles ont pour base objective une situation dans laquelle le comité de lutte adopte des moyens d’action qui concernent toute la communauté universitaire et remettent en cause son fonctionnement : en l’occurrence, le blocage. Dans ce cas, en effet, une décision concernant l’action revendicative est inséparable d’une autre décision de fait touchant à l’activité de l’Université : c’est le comité de lutte, et non l’autorité légale, qui décide l’interruption des enseignements. Ce type de situation existe aussi dans les entreprises, où les grèves et débrayages vont aussi contre leur fonctionnement normal. Voir ce qui se passe dans ce cas permet de mesurer, par contraste, ce qu’il en est à l’université : 1) le droit de grève est reconnu, mais encadré juridiquement – dépôt d’un préavis, retenue salariale individualisée ; 2) le recours à des piquets de grève interdisant aux non- grévistes de se rendre à leur travail est sanctionné par la loi ; 3) en règle générale, les mouvements sont organisés par les syndicats, qui sont du même coup responsables, dans des limites explicitement définies, du tour que prennent les choses.
Rien de tel n’existe dans les situations de blocage : le délit d’obstacle à la liberté du travail n’est jamais pénalisé ; le préjudice subi par les grévistes (l’absence d’enseignement étant un équivalent de la perte de salaire) n’est pas individuel, mais collectif ; enfin, personne n’est responsable de rien, sauf délits supplémentaires considérés comme extérieurs à la logique politique du mouvement – dégradation de matériel, menaces de mort exprimées publiquement et tout autre exaction simplement crapuleuse envisageable.
Le paradoxe est donc qu’une action illégale – le blocage – est à l’origine du changement d’échelle du mouvement qui implique désormais non seulement les seuls étudiants engagés, mais aussi tous les autres et tous les personnels. La non activité de l’institution, même contrainte, prend la forme extérieure d’une grève générale. Les animateurs du mouvement en profitent pour parler au nom de tous et, aussi longtemps qu’ils sont en mesure de perturber ou d’interdire la plus grande partie de l’activité de l’université, ils sont des interlocuteurs cruciaux. Mais il s’agit d’un pur rapport de force, qui se situe hors du droit légal autant que de toute ressource de légitimité. Nulle prétention à la légitimité ne peut en effet être reconnue à l’action d’un particulier (individuel ou collectif) qui porte directement préjudice à autrui (perte des cours) et le prive d’une liberté légalement reconnue (celle de suivre des enseignements). Et il ne s’agit pas seulement, ici, d’un préjudice relevant de la non fourniture d’un service, comme dans le cas d’une grève des transports en commun, où les usagers disposent de solutions alternatives. Si nous croyons encore qu’il faut des professeurs et des enseignements dans les universités, nous devons considérer que les étudiants perdent un service sans équivalent direct (ce raisonnement ne valant que lorsque le blocage s’éternise : nul n’aurait la prétention de dire que chacun de ses cours est irremplaçable). Cette idée est du reste admise par le mouvement étudiant lui-même puisqu’il a demandé que l’évaluation du premier semestre porte seulement sur la partie du programme qui a été traitée en « présentiel ». Ajoutons encore qu’un préjudice considérable est subi par l’université en termes d’image, de réputation et de motivation des personnels et des étudiants.

On ne saurait donc s’indigner, comme l’ont fait certains syndicats, de ce que la direction de l’université, en lançant une consultation des étudiants parfaitement légale dans sa forme, ait commis la faute de ne pas reconnaître la légitimité des AG : cette légitimité n’existe pas. La seule instance légitime pour organiser un vote ayant une valeur dans la logique de la démocratie est l’université, en tant qu’institution, et non cette « université bis » dont on conforte le mirage en lui reconnaissant un pouvoir décisionnel sur une question, le blocage, dont les conséquences excèdent son domaine propre de compétence. La chose est encore plus grave lorsqu’au nom des « principes de la démocratie réelle », on propose le boycott de la consultation et que l’on reconnaît la juste colère d’un comité de lutte qui a fait savoir publiquement son intention d’empêcher le vote sans préciser les moyens de cette intervention – forcément violents dès lors qu’ils impliquaient la contrainte physique et non un simple appel au boycott.

Quels sont, dès lors, les principes à défendre et les modes d’action envisageables pour éviter ces situations préjudiciables à tous ? Comment concilier dans l’espace d’une université une action revendicative, que beaucoup jugent positivement quant à ses objectifs, avec des moyens eux aussi susceptibles de réunir un large consensus ? La réflexion sur ces questions, engagée depuis novembre 2007 par le collectif « Université et Démocratie », débouche aujourd’hui sur une « Charte pour une nouvelle citoyenneté universitaire » qui sera soumise à tous les acteurs de l’université. Le texte que l’on vient de lire, écrit pour l’essentiel fin 2007 et d’abord diffusé au sein du collectif, se veut à présent une contribution aux débats que la Charte ne manquera pas de susciter.

Jean-Pierre Albert
EHESS, LISST-Centre d’anthropologie sociale.

De la démocratie directe à l’Université de Toulouse Le Mirail :

Réponse à Charalampos Orfanos, Maître de Conférences dans le Département de langues et littératures anciennes, Université de Toulouse II – Le Mirail, qui, soutenant les blocages répétés de cette université, pense que « Les ‘consultations’ à bulletin secret organisées par nous, [les] aînés [des étudiants], leurs profs et souvent leurs mentors, sans débat préalable, avec la consigne implicite et parfois explicite de voter contre le blocage, ne sont ni plus démocratiques que leurs votes à main levée, ni plus impartiales, ni plus légitimes. Elles sont juste des résurgences intempestives du vieux débat dix-neuvièmiste [...] Indépendamment des circonstances actuelles, il [lui] paraît donc urgent d’affirmer la légitimité des Assemblées générales des étudiants et de protéger cet espace de démocratie de la destruction programmée par le pouvoir dont certains de [ses] collègues se font les avocats. » (Citation de Université et démocratie : sauvons les AG ! de Charalampos ORFANOS, à l’adresse suivante :
http://www.auboutduweb.com/poolp/index.php?tag/AG%20%C3%A9tudiantes)

REPONSE

On savait depuis longtemps que l’Université du Mirail devenait tous les deux ans une zone de non droit mais désormais vient s’ajouter une théorisation de la « démocratie directe » avec comme modèle les AG étudiantes (certes pas parfaites mais à tout prendre le meilleur système en ce pauvre monde et plus en accord avec l’origine de la démocratie dans la Grèce antique !). Les votes à bulletin secret par des étudiants ou des membres du personnel sur des questions non validées par les AG en question et par des gens qui finalement ne comprennent pas les enjeux ne seraient que tromperie, simulacre de véritable démocratie ou émanation de la société capitaliste bourgeoise du XIXème siècle. Évoquer avec mépris des « résurgences dix-neuvièmistes », c’est bonnement faire l’impasse sur les terrifiantes expériences totalitaires du siècle suivant : le vingtième.
En lisant de tels discours, en effet, on comprend mieux certaines pratiques historiques. Les Thèses d’avril de Lénine en 1917 ne laissaient aucun doute sur son hostilité inconditionnelle à la république parlementaire. On en connait les résultats. On se souvient aussi, car c’est plus près dans le temps, de la révolution culturelle de ce Grand Timonier qu’était Mao Zedong. L’anarchie permanente créée par des groupes d’une violence extrême se proclamant la conscience du peuple entre 1966 et 1976 a eu raison des « petites libertés » qui restaient en Chine après 17 ans d’échec d’une politique fondée sur la grande tradition de Lénine et Staline. On n’oubliera pas non plus l’expérience castriste. En 1958, Castro marche sur la Havane et y entre le 8 janvier 1959 ayant libéré Cuba de la dictature de Batista. Les premières mesures ne se sont pas fait attendre. Exécutions sommaires par des jurys populaires et annulation en février des élections libres autrefois promises dans un délai de dix-huit mois après le renversement de Batista. La liste pourrait s’allonger et le nombre de victimes être documenté. On observe un invariant : la stratégie de la démocratie directe qui devait amener un « dépérissement de l’Etat » débouche sur un renforcement policier de ce dernier. Par ailleurs, si la notion d’élection libre n’a pas de sens alors pourquoi être révulsé, comme on doit l’être (et comme le sont apparemment les partisans de la démocratie directe), par le putsch militaire du Général fasciste Franco qui a fini par renverser le gouvernement populaire républicain élu à bulletin secret en 1936 en Espagne ? Pourquoi, être choqué, comme on doit l’être, par le renversement du gouvernement pareillement élu d’Allende au Chili en 1973 et par la dictature du General Augusto Pinochet qui s’en est suivie ?
On m’objectera qu’on connaît la rengaine. Il y a cependant un enjeu de taille. Peut-on, dans un pays comme la France, croire qu’on va pouvoir répondre aux idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité sur lesquels se retrouvent de nombreux acteurs des discussions en cours en bloquant l’accès à l’Université sur la base d’AG permanentes qui s’autoproclament propriétaires de l’Université et de ses locaux ? Croit-on que ces AG ont plus de légitimité que le Président élu ou des conseils eux-mêmes élus au bulletin secret ? Que faire de la voix de tous les membres (enseignants, techniciens, administratifs, ingénieurs, etc.) de l’Université qui, quelle que soit leur opinion sur la loi, sont résolument opposés au blocage régulier du Mirail et aux dégradations coûteuses qu’elles entraînent de façon régulière? Mettre un préalable – qu’il faut d’abord se prononcer sur la loi dans des AG ou même par vote à bulletin secret – est circulaire et n’est qu’un autre exemple de procédure dictatoriale. Il n’y a pas deux personnes qui s’accordent sur toutes les lois ou tous les règlements en vigueur dans un pays ou une communauté comme la nôtre. Fort heureusement, nous ne cassons pas notre outil de travail chaque fois que nous sommes en désaccord. Les questions fondamentales de l’éducation et de la recherche ne font jamais l’unanimité. Je suis personnellement pour un maintien des grands organismes de recherche (CNRS, INSERM, etc.) comme opérateurs forts de la recherche en France en partenariat avec l’Université. Mais j’ai bien conscience que de nombreux universitaires et politiques ne partagent pas cette opinion et veulent une disparition de ces grands organismes en les intégrant rapidement au sein des Universités. Tout en respectant les personnes, je n’approuve pas leur opinion et m’y oppose par des moyens légaux : pétitions, participation à des forums, etc. Mais, je ne vois pas, en vertu de quoi, je devrais occuper et saccager les locaux mis à la disposition des enseignants/chercheurs par la République dans des unités mixtes de recherche CNRS/Université si le résultat final ne me convenait pas.
Rappelons enfin que la « grève » des personnels en lutte par étudiants interposés demeure un scandale. Alors même que ces collègues continuent à percevoir leur salaire sans aucun prélèvement (même pour les jours de grève dite « officielle »), ils dénient à des milliers d’étudiants en désaccord avec les bloqueurs l’accès à leur lieu de travail au nom de la notion de « démocratie directe ». J’ai bien compris que je ne les convaincrai pas. Leur conviction que notre démocratie n’en est pas une et que tous les moyens sont bons pour la combattre les absout de tout compte à rendre à qui que ce soit. Une discussion rationnelle sur la notion de « contradiction » entre leur mission au service de l’Etat et leur silence sur des pratiques nocives n’est pas possible. Qu’ils sachent néanmoins que s’ils sont prêts à tout faire pour renverser la démocratie parlementaire et annihiler les institutions universitaires au nom de la démocratie directe, nous serons nombreux à ne pas les accompagner dans cette voie et nous les combattrons résolument dans les limites que nous imposent les lois de la République et le respect des autres.

Jacques Durand
Département des Etudes du Monde Anglophone & Laboratoire Cognition, Langues, Langage, Ergonomie.

vendredi 21 décembre 2007

Assez de sophismes et de contre-vérités !

Avec un mélange de candeur et de mauvaise foi (chacun jugera des proportions en fonction des auteurs), l'intersyndicale des personnels (FERC-CGT, SUD), et le Comité de lutte étudiant dénoncent les « violences » dont ils sont victimes lorsqu'un barrage destiné à bloquer l'Université est levé par d'autres qu'eux-mêmes. Il y aurait là une action « illégitime » dès lors qu'elle va à l'encontre de décisions prises à la majorité dans les AG.

Cela revient à dire que tous les personnels et étudiants de l'Université sont censés se soumettre à la loi « légitime » dictée par les membres du mouvement, et qu'on leur reconnaît donc le droit de parler au nom de tous.

Répétons-le : la légitimité de l'existence d'un comité de luttes n'est contestée par personne. Mais il faut que celui-ci reconnaisse que ses décisions ne concernent que les membres du mouvement qui le soutiennent. Un appel à la participation de tous n'implique pas le droit de parler au nom de tous : n'importe quel comité peut faire la même chose et prendre des décisions de sens opposé.

Affirmer que les décisions des AG sont la source d'une loi qui s'applique à tous est une prétention exorbitante. Outre que ces décisions ne peuvent porter que sur des buts et des moyens d'action et non sur les calendriers de l'ouverture de l'Université, elles instituent une situation de non droit qui livre l'état de fait institué au seul jeu des rapports de force : le blocage est une situation illégale qui perdure aussi longtemps que ceux qui l'imposent ont assez de force pour le maintenir. Et cette force, comme on l'a vu à deux occasions ces derniers jours, peut être inférieure à celle de ses adversaires.

On est donc malvenu à s'autoriser d'une quelconque légitimité (en l'occurrence celle de décisions votées à la majorité dans les AG dès lors qu'elles outrepassent leur domaine de compétence) pour condamner les « débloqueurs » et, plus encore, à demander que les blocages soient respectés sur le mode de la légalité : le seul droit qui vaut est le droit commun, qui concerne aussi la gestion de l'Université. Et, par rapport à ce droit, le blocage est illégal.

Il est assurément déplorable que, dans le cadre d'une université, le dernier mot revienne à la force. Les personnels et étudiants qui ont imposé l'ouverture des locaux les jeudi 13 et mercredi 19 décembre derniers sont les premiers à le déplorer. Mais en l'absence de tout recours aux forces publiques, seules à même de rétablir la légalité par l'usage d'une violence physique légitime, il n'y a d'autre issue que ces bousculades dans lesquelles, heureusement, les parties en présence évitent d'en venir aux coups.

Ajoutons enfin que si la force des uns cède devant celle des autres dans un sens inconnu jusqu'ici à l'UTM, c'est que les partisans du blocage sont actuellement minoritaires : qu'ils le reconnaissent enfin et admettent, face à cette évidence, qu'ils parlent bien en leur seul nom, pas au nom de tous.

mercredi 19 décembre 2007

La validation : une question de crédibilité !

Intervention du collectif « Université et démocratie » devant le Conseil d’Administration du 19 décembre 2007

Le collectif Université et démocratie, né d’un sentiment d’exaspération devant l’institutionnalisation des blocages à l’université du Mirail, regroupe aujourd’hui une centaine de membres, principalement mais pas exclusivement enseignants. Leur mobilisation, spontanée, forte et constante, a permis de mener, dans la paix et la détermination, différentes actions et réflexions.
Depuis le début de la crise actuelle, nous nous sommes prononcés contre tout blocage et avons rappelé que l’université a pour vocation d’être un lieu de libre expression, de libre circulation, de libre accès au savoir, c’est-à-dire aux cours et aux bibliothèques. Gérée par des assemblées librement élues et légitimées par ce mode de désignation, l’université doit reposer sur le principe de démocratie. Par conséquent, nous considérons que les AG n’ont pas à dicter les périodes d’ouverture et de fermeture ni à imposer leurs décisions à plusieurs milliers d’étudiants, enseignants et personnels IATOS. Dans l’espoir de sortir de la suite infernale des blocages et de recréer un véritable espace de débat au sein des universités, nous avons entrepris de rédiger un texte de propositions touchant au fonctionnement de notre institution et à sa vie démocratique, afin de le livrer prochainement à la réflexion des différents acteurs de la vie universitaire. Il est urgent de trouver les conditions favorables à l’émergence de nouveaux modes d’action qui échappent à la série des blocages : d’autres moyens doivent permettre à ceux qui le souhaitent de se mobiliser pour défendre leurs opinions et faire valoir leur point de vue.

Pour l’heure et puisque nous voulons croire que l’UTM va en finir avec le blocage, au moment où le CEVU s’est prononcé sur un scénario pédagogique qui nous semble à certains égards problématique et tandis que le Conseil d’Administration s’apprête à trancher sur cette question, il nous paraît essentiel d’insister sur divers enjeux majeurs de la procédure de sortie de crise et d’appeler les responsables de l’université du Mirail à la vigilance, à la fermeté et à l’action.

Les bloqueurs ont, à plusieurs reprises, rassuré la masse des étudiants sur le fait que perdre cinq semaines de cours, voire sept, dans le cadre de semestres qui en comportent douze, n’aura aucune incidence sur les diplômes délivrés par l’université. Les orateurs des AG ont prétendu que l’administration et les enseignants organiseraient un rattrapage des cours et mettraient en place toutes les modalités nécessaires pour la validation du semestre et des diplômes, oubliant que les diplômes doivent en vérité valider des contenus. Il est vrai que, par le passé, nous avons toujours tout validé sans guère nous soucier des contenus ni de la valeur reconnue à l’extérieur de l’UTM à des titres qui sonnent de plus en plus creux. En toute bonne foi sans doute, pour sauvegarder les intérêts de nos étudiants, nous avons accepté, de blocage en blocage, de fermer les yeux et de transformer une fiction pédagogique en réalité diplômante.

L’effet pervers de cette générosité, contre-productive, est qu’elle fait de l’administration et des enseignants les alliés objectifs des bloqueurs. Ainsi, la pratique du blocage s’est-elle enracinée, durant les dix ou quinze dernières années, avec pour conséquence une dégradation continue de nos enseignements et de nos diplômes. Il faut y mettre un terme. Au moment où tant de périls fragilisent l’université publique, il est de notre devoir de lutter contre ceux qui dérivent de nos propres pratiques et d’envoyer à nos étudiants un signal fort, dont nous savons qu’il va demander à chacun, enseignants et étudiants, de faire preuve de courage.

En conséquence, nous ne pouvons légitimement, pour des raisons de cohérence, de dignité et de sérieux, accepter que le contenu des enseignements du premier semestre soit allégé au moment de la validation. La prolongation du premier semestre jusqu’à la semaine du 21 janvier incluse doit être vue comme la garantie de la préservation de l’intégralité du programme annoncé à la rentrée d’octobre. Nous considérons aussi comme primordial que le calendrier du second semestre reste inchangé, et ne soit pas amputé de deux semaines, comme certains scénarios le prévoient. Il est urgent, en effet, de défendre la valeur des cours assurés en présentiel, plutôt que de sacrifier, sans autre forme de procès, les semaines finales du second semestre. Il faut, coûte que coûte, garder à l’esprit que les diplômes délivrés n’ont de valeur que s’ils évaluent de réels savoirs et savoir-faire. Nous exprimons notre inquiétude profonde face à tout autre solution qui représenterait une issue choquante.

Ces convictions et ces propositions demandent à tous, nous en sommes conscients, du courage et un réel sens des responsabilités. Le redressement de notre université, une fois de plus gravement affectée par cinq semaines de blocage, mérite cet effort collectif. Nous adressons donc un appel solennel au Président de l’université et au Conseil d’Administration afin qu’ils prennent en compte la voix de plus en plus massive des enseignants qui ne sont plus disposés à accepter n’importe quelle solution de compromis et entendent défendre la dignité de leur mission pédagogique et scientifique.

lundi 17 décembre 2007

Appel à une présence massive et pacifique des enseignants, du personnel administratif et des étudiants sur le campus du Mirail le 19/12/07

Une AG d'étudiants a voté une nouvelle fois la mise en place de «piquets durs», c'est-à-dire d'un blocage pur et simple, pour le mercredi 19 décembre au matin. À trois jours de la dispersion pour les vacances de fin d'année, nous ne pouvons voir dans ce geste que la volonté de mettre à terre un semestre déjà sévèrement compromis, avec des risques grandissants pour les étudiants.

Pas plus que jeudi dernier ou lors des épisodes précédents, nous ne reconnaissons de légitimité aux décisions de cette AG. Nous sommes déterminés à ne pas laisser démanteler nos enseignements et notre université publique ; le seul résultat de telles actions serait, à moyen et même à court terme, d'affaiblir notre capacité à accueillir les étudiants les plus motivés et de renforcer des offres concurrentes en provenance d'institutions privées qui pourront imposer des frais d'inscription d'autant plus élevés que les blocages récurrents auront cassé l'image et l'attractivité de l'université publique.

Nous demandons donc à la présidence de l'UTM de prendre toutes les dispositions pour éviter la mise en place d'un nouveau blocage. Et pour ce qui nous concerne, nous invitons l'ensemble des collègues, des personnels et surtout des étudiants de l'UTM à rejoindre l'université mercredi matin dès 7h30, pour y affirmer dans le souci du dialogue, dans la paix et aussi dans la détermination la plus ferme, leur volonté d'enseigner et d'étudier. Une AG qui ne représente qu'elle-même ne saurait fixer de manière unilatérale le calendrier de centaines d'enseignants, de personnels IATOS et de deux dizaines de milliers d'étudiants. L'ensemble des activités prévues mercredi doivent se dérouler normalement.

Nous sommes par ailleurs également déterminés à continuer de débattre de la loi LRU et des autres réformes annoncées pour l'Université, à user pleinement de notre droit critique à l'égard du système existant et de ce que l'on veut y substituer mais à des heures et selon des modalités qui permettent aussi de remplir nos missions d'enseignement et de formation, dans une université ouverte, libre et responsable.

Rendez-vous, en masse, sur le campus mercredi 19 décembre dès 7h 30.

mercredi 12 décembre 2007

Appel à une présence massive et pacifique sur le campus du Mirail jeudi matin 13 décembre, à 7h45

Une AG d'étudiants a voté ce mardi 11 décembre la mise en place de « piquets durs » pour jeudi 13 décembre. L'histoire récente du Mirail laisse redouter une prolongation de ce nouveau blocage. Ainsi les activités de l'ensemble de l'université du Mirail sont-elles rythmées ou plus souvent figées, depuis fin octobre, par les décisions d'une AG dont les statuts de l'université ne connaissent pourtant pas l'existence. La légalité républicaine n'a plus cours sur le campus, le sens du mot démocratie a été miné, des milliers d'étudiants sont à nouveau privés d'enseignement.

L'université est allée suffisamment loin dans la voie de la conciliation et du compromis, et poursuivre dans ce sens serait se résoudre à l'abandon et à l'humiliation. Les premières victimes n'en sont pas les salariés de l'université, toutes corporations confondues, mais ses étudiants, du service desquels nous tirons tous notre légitimité. Nous ne pouvons plus les abandonner soit à une AG dont le bureau, l'ordre du jour, les questions soumises au vote, sont composés de manière parfaitement unilatérale, soit à leur solitude, à leur incompréhension et à un découragement dont des signes de plus en plus nombreux montent vers nous. Nous ne pouvons plus nous en tenir à la dénonciation vertueuse du blocage. Nous demandons solennellement au président Daniel Filâtre de prendre toutes dispositions pour assurer le libre accès aux cours des enseignants et des étudiants ce jeudi.

Membres du collectif Université et démocratie, nous considérons pour notre part que déserter plus longtemps le campus serait trahir notre mission. Aussi appelons-nous les collègues, les personnels IATOS, et l'ensemble des étudiants, à se rendre massivement et pacifiquement jeudi matin dans les locaux de l'université pour la faire vivre et y tenir les activités normalement prévues. Il y va, pour nos étudiants, de ce qui peut encore être sauvé de ce premier semestre.

Nous sommes déterminés à ne plus laisser confisquer ce fragile mais précieux instrument de travail, de culture et de promotion que doit rester notre université. C'est cette détermination que nous appelons à manifester demain jeudi 13 décembre dès 7 h 45 dans le patio de l'université par une présence massive, dans le respect de chacun et dans le souci de la concorde.

lundi 10 décembre 2007

Nos propositions pour la validation du semestre et pour une «Charte de la Démocratie Universitaire»

Le Collectif « Université et Démocratie » s'est efforcé, depuis le début du blocage, d'être la voix d'enseignants qui se sentent interpellés et préoccupés par la réforme LRU, mais qui considèrent le blocage de l'université comme un acte de violence à l'encontre des biens et des personnes, comme une contrainte inadmissible et un obstacle au débat démocratique.

Né de manière spontanée, le Collectif regroupe actuellement près de 80 personnes, provenant de nombreux départements et disciplines qui échangent librement leurs opinions et tentent de faire des propositions constructives pour défendre une université - la nôtre d'abord, mais aussi l'université en général - en état de fonctionnement, remplissant ses missions d'enseignement et de recherche, défendant son renom et affichant des ambitions.

Depuis jeudi, l'UTM est enfin redevenue un espace libre. Les dommages matériels, pédagogiques, scientifiques et en termes d'image causés par le blocage sont énormes et nous le déplorons vivement. Il nous semble impératif de ne pas éluder le bilan des responsabilités. Nous réclamons le respect du droit et de la loi sur le campus par tous ceux qui le fréquentent. Nous exprimons aussi vigoureusement le vœu qu'une prochaine AG des étudiants ne se croie pas autorisée à paralyser de nouveau les activités, en profitant du fait que les étudiants, soucieux de ne plus perdre de cours, n'y participent pas massivement. Il est urgent de sortir de la logique d'une fausse représentativité qui a atteint, avec cette crise, des limites inacceptables puisqu'elle met en cause le fonctionnement même de l'institution universitaire.

Nous souhaitons prendre position clairement sur la question du rattrapage des cours, en nous déclarant fermement opposés, comme nous l'avons été depuis le début, à toute forme de rattrapage et à toute modification du calendrier. Nous demandons aussi que la validation du semestre porte sur le programme annoncé en début d'année ; chaque enseignant veillera à donner aux étudiants les moyens utiles pour atteindre cet objectif. Par cette position, nous entendons éviter de cautionner et d'encourager les blocages, en garantissant, comme on l'a fait par le passé, à chaque sortie de crise, une sorte de « filet de sécurité » qui déresponsabilise tant les bloqueurs, que les étudiants de la « majorité silencieuse ». Nous sommes aussi soucieux de ne pas dévaloriser nos formations et nos diplômes. Nous refusons donc toute forme de braderie des examens.

Nous appelons de nos vœux la mise en place rapide de débats sur la loi LRU au sein de notre communauté universitaire, afin que la réforme en cours soit l'objet d'une information approfondie, d'un débat contradictoire, d'une saine et forte mobilisation pour la défense démocratique des valeurs culturelles et scientifiques qu'incarne l'université.

Enfin, constatant à la lumière des événements des cinq dernières semaines à quel point les dysfonctionnements au sein de la communauté universitaire (blocage, tensions, dégradations...), au Mirail certes, mais aussi partout en France, sont graves et lourds de conséquences, nous désirons lancer une réflexion sur l'élaboration de nouveaux modes de débat public et mobilisation citoyenne au sein des universités, sur un fonctionnement plus démocratique, plus clairement légitimé, plus participatif, en accord avec le respect des biens, le droit des personnes et du travail. Après en avoir discuté avec tous ceux que cela intéresse, nous proposerons une «Charte de la Démocratie Universitaire», qui consisterait en un code de bonne conduite de la concertation démocratique dans l'université. Ce document engagerait toutes les parties concernées sur des règles de fonctionnement simples et clairement affichées, prévoyant les droits et les devoirs de chacun, ainsi que les sanctions en cas de non respect de cet engagement.

Élaborée à Toulouse, où la culture du blocage a atteint des limites intolérables, une telle Charte aurait vocation à être soumise à d'autres universités pour relancer les initiatives d'une communauté universitaire déboussolée et malmenée un peu partout, prise entre le marteau des réformes brutales du gouvernement et l'enclume des blocages.